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Notre cerveau est plastique ! Aidons-le à évoluer – rencontre avec le Pr Hugues Duffau et Art for Science

Les neurosciences, un phénomène de mode

Les neurosciences, c’est LE truc à la mode… On en parle en architecture, en coaching… C’est « l’argument crédibilité » quand on veut faire sérieux.

Mais qui en parle vraiment avec expertise, en ayant creusé le sujet ?

J’ai eu la chance, ce samedi 21 février 2026, d’assister à une conférence du Professeur Hugues Duffau (neuroscientifique, neurochirurgien, Directeur du département « Plasticité du système nerveux central, des cellules souches et des tumeurs gliales » à l’INSERM. Vous ne savez pas ce que sont des tumeurs gliales ? je vous rassure, moi non plus ! je ne suis pas du tout une spécialiste de ce sujets !).

Bref, il est ce qu’on peut appeler « une tronche ». Qui sait de quoi il parle.

Mais au-delà du pedigree impressionnant, un médecin plein d’humanité.

Il était invité par l’association Art for Science, dont j’ai déjà eu l’occasion de parler dans cet article, et que je soutiens dans son action remarquable.

Ceci n’est pas un résumé, mais des notes éparses, d’idées fortes et essentielles, qui m’ont interpellée.

Son rôle en tant que médecin

Voici comment il décrit son principe d’intervention:

« Sois humble, garde ton attention sur le cerveau, c’est lui qui va t’apprendre comment il fonctionne »

Cette phrase a fait « tilt », et je me dis :

Et si pour tous nos organes c’était pareil ? Et si on les écoutait ?

Cependant, son propos a surtout porté sur la notion de plasticité cérébrale.

 

La plasticité cérébrale

Pour lui, le cerveau est plastique, au-delà de ce nous imaginons.

La plasticité cérébrale, c’est la capacité du cerveau à se réorganiser, en particulier à trouver des solutions quand quelque chose ne fonctionne plus.

Non, le cerveau n’est pas figé à l’âge de 20 ans.

Non, les fonctions (reconnaître les visages, parler etc) ne sont pas figées non plus, ni cantonnées dans des zones précises (ce qu’il décrit dans son livre l’erreur de Broca (2016, éditions Michel Lafon)

Le professeur Duffau observe, lors de ses interventions chirurgicales, la capacité du cerveau à se reconfigurer en permanence, avec une rapidité saisissante, parfois en l’espace de quelques heures, entre le début et la fin d’une intervention :

« Le seul fait d’en parler modifie déjà le cerveau ! ».

Et de façon évidente, cela l’émerveille toujours !

« Nous sommes tous des génies en puissance, nous sommes tous capables de plus ! »
« On sait s’adapter, le cerveau adore s’adapter ! »
« Le cerveau adore fonctionner de manière intégrée, avec plusieurs sujets concomitants » (donc mettre les sujets en parallèle, et non en série).

La responsabilité du thérapeute: accompagner cette plasticité cérébrale par des paroles « justes »

En tant que thérapeutes, coaches, voilà pourquoi il importe de choisir nos mots avec soin.

Pour ma part, praticienne en Bazi et Feng Shui, j’ai conscience que les mots sont des clés qui allument des « starters » dans le cerveau de mon client.
En mode neuroscience, on peut dire que mes mots activent une reconfiguration des réseaux dans le cerveau…. Une sacrée responsabilité !

 

Les bienfaits de l’art

Qu’est-ce que l’art vient faire dans cette histoire ? C’est un levier pour activer cette plasticité.

J’avais il y a quelques années fait cette interview de Mélanie Dal Gobbo, fondatrice d’Art for Science.

Le professeur Duffau, par ailleurs pianiste passionné dit notamment ceci :

« L’art ça doit d’abord être du plaisir »

« Ce qu’on veut faire, il faut le faire avec plaisir – et non en se soumettant à des formatages. Derrière le formatage, il est question de peur, d’institution, de dogme »

« Les novateurs sont aussi des déviants, selon la façon dont c’est pris »

Il raconte, amusé, le cas de certains patients artistes, qui se sont révélés meilleurs après l’opération qu’avant.

Pourquoi ? parce qu’avant, ils cherchaient à se conformer au regard des autres, à ce que l’on attendait d’eux.

Et après l’opération, l’ingrédient secret, c’est leur créativité personnelle et leur passion.

D’où ces phrases :

« N’attendons pas la lobotomie pour supprimer le contrôle exécutif qui nous empêche de nous réaliser ! »

« La chose cruciale, c’est la passion. Laissez-vous bercer par la confiance que vous avez en vous, sans vous laisser guider par le regard des autres »

« La clé d’un cerveau en bonne santé, c’est :

écouter notre intuition,

trouver notre passion,

travailler dans ce sens pour la faire grandir. »

 

L’impact de l’IA sur nos cerveaux

Troisième sujet de la soirée, l’Intelligence Artificielle et son impact sur nos cerveaux.

Pour le Pr Duffau, les risques portés par l’IA sont alarmants.

Selon lui, l’IA est une pâle copie du fonctionnement cérébral réel, une béquille censée aider l’homme.

Mais n’oublions pas que l’apprentissage est basé sur un renforcement synoptique induit par la répétition de tâches.
En utilisant trop vite cette béquille de l’IA,  les enfants n’apprennent plus à se concentrer, ils ne développent plus leurs propres capacités.

Quid de l’homme augmenté ?

Il est dit que la technologie va compenser nos faiblesses… Mais ces faiblesses, c’est nous qui les aurons créées !

« Penser que la technologie va nous transformer en Einstein, mais pourquoi faire ? Nous sommes tous Einstein, si nous nous en donnons les moyens ! »

Il regrette que des techniques utiles dans l’idée d’une reconstruction suite à accident (AVC, tumeur…) puisse être généralisées au cas d’humains en bonne santé.

 

Conclusion philosophique

« Croire en soi
Trouver sa passion
Travailler dans ce sens, garder cette petite flamme et l’entretenir,
Evaluer le retour (en l’évaluant avec ses propres critères !)
Garder le cap »

Voilà sa leçon de développement personnel !

Il invite à se méfier :

« Si on n’est pas critique, si on n’innove pas, si on ne crée pas, alors ce sera du panurgisme. »

« L’IA ne peut pas être créative. Elle ne peut pas trouver une solution innovante, déviante. Elle conduit à une uniformisation, une standardisation, elle ne pourra pas nous aider à sentir des sentiers battus »

« L’essence même de l’être humain, c’est la créativité ! »

Alors, cultivons nos cerveaux, notre créativité. Travaillons à devenir nous-même, travaillons à « raviver la braise en soi », pour citer mon amie l’anthropologue Audrey Chapot, dans son livre « éloge des métiers hybrides ».

 

Post scriptum : ah au fait, c’est quoi, l’histoire du pamplemousse ? C’est la taille de la tumeur que le Professeur Duffau a retiré lorsqu’il a opéré Thomas, cofondateur d’Art for Science et compagnon de Mélanie Dal Gobbo. Là où tout à commencé. C’est devenu la mascotte de l’association.

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